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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 17:00
Pour évoquer la récente inauguration d'une stèle à Fleury-devant-Douaumont en mémoire des lieutenants Herduin et Millant, deux fusillés pour l'exemple, je ne vais pas vous faire un cours d'Histoire (le Professeur Husson est bien plus doué que moi pour cela). Je vais juste me contenter de reproduire cette petite lettre écrite en 1916 par le lieutenant Herduin juste avant de commander lui-même son peloton d'exécution.



« Ma petite femme adorée,

Nous avons, comme je te l'ai dit, subi un échec, tout mon bataillon a été pris par les Boches, sauf moi et quelques hommes, et maintenant on me reproche d'en être sorti, j'ai eu tort de ne pas me laisser prendre également. Maintenant, le colonel Bernard nous traite de lâches, les deux officiers qui restent, comme si à trente ou quarante hommes, nous pouvions tenir comme huit cents. Enfin, je subis mon sort, je n'ai aucune honte, mes camarades qui me connaissent savent que je n'étais pas un lâche. Mais avant de mourir, ma bonne Fernande, je pense à toi et à mon Luc. Réclame ma pension, tu y a droit, j'ai ma conscience tranquille, je veux mourir en commandant le peloton d'exécution devant mes hommes qui pleurent. Je t'embrasse pour la dernière fois, comme un fou : Crie, après ma mort, contre la justice militaire, les chefs cherchent toujours des responsables ; ils en trouvent pour se dégager.

Mon trésor adoré, je t'embrasse encore d'un gros baiser, en songeant à tout notre bonheur passé, j'embrasse mon fils aimé, qui n'aura pas à rougir de son père qui avait fait son devoir. De Saint-Roman m'assiste dans mes derniers moments, j'ai vu l'abbé Heintz avant de mourir. Je vous embrasse tous. Toi encore, ainsi que mon Luc.

Dire que c'est la dernière fois que je t'écris.

Oh ! Mon bel ange, sois courageuse, pense à moi, et je te donne mon dernier et éternel baiser.

Ma main est ferme, et je meurs la conscience tranquille.

Adieu, je t'aime.

Je serai enterré au bois de Fleury, au nord de Verdun. De Saint-Roman pourra te donner tous les renseignements.

Henri Herduin »

Dernière lettre de Gustave Henri Herduin, 11 juin 1916
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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 07:00
Drapeau français11 novembre 2008 : face aux milliers de croix alignées devant l'Ossuaire de Douaumont, l'injonction tombera comme un couperet en mémoire des 9 millions de morts de la Première Guerre mondiale : Plus jamais ça !

Plus jamais de guerre, plus jamais de haine entre les peuples, plus jamais de morts inutiles (comme si certaines morts pouvaient être utiles). Quelle belle incantation.

Ajoutons à ces commémorations, un lâché de colombes, une minute de silence et quelques rangées d'enfants agitant des petits drapeaux et la litanie des bonnes résolutions pacifiques acquerra une solennité à toute épreuve. Même les plus fervents pacifistes n'auront plus qu'à aller se rhabiller. Brodons un peu sur les avancées démocratiques qui ont découlé de la Grande Guerre, et sur le socle qu'elle a constitué pour la fondation de l'Europe et la messe sera dite.

C'est marrant mais quand je regarde le programme des commémorations du 90ème anniversaire de l'armistice de 1918, je ne vois pas la Paix et la réconciliation. Je vois les guerres passées, présentes et à venir.

Une cérémonie présidée par le chef des armées avec, autour de lui, des officiers, des anciens combattants, des drapeaux et les jeunes générations à qui l'on explique l'importance du patriotisme et du sacrifice, le tout dans un lieu symbolisant à lui seul la résistance face à l'ennemi et la victoire de la Nation toute entière.

Et le pire c'est que rien n'a été laissé au hasard. L'organisation et le contenu des commémorations ont été mûrement réfléchis et découlent d'un rapport établi en décembre 2007 par la commission Becker, rapport dont le contenu est des plus critiquables.

BarbelésContrairement à ce qui est avancé dans ce rapport, l'association du "progrès de la démocratie" et de la Première Guerre mondiale ne va pas de soi. C'est en effet l'inverse que l'Histoire nous apprend : de ce conflit a découlé une régression de la démocratie, préparant à terme le fascisme et le nazisme. Il est tout aussi ridicule d'affirmer que "malgré les apparences, cette guerre est bien au départ de la construction européenne". J'imagine le sujet d'Histoire au prochain brevet des collèges : "Vous montrerez que le Traité de Versailles a été une chance pour l'Allemagne et pour l'Europe".

Autre point noir de ce rapport, il ne fait aucune mention du Chemin des Dames et des mutineries de 1917. Pour ces commémorations la ligne est claire : "il est nécessaire d’éviter le contre-sens de transformer ceux qui ont été dans leur masse des combattants conscients (même s’ils ne clamaient pas tous les jours leur patriotisme) en simples victimes". Bref, les valeureux poilus, ont donné leur vie pour que vive la Liberté et la Démocratie. Pas question de faire remarquer que l'Allemagne et l'Autriche étaient tout aussi démocrates que la France, et encore moins que l'Empire russe était l'un de nos principaux alliés.

Vous l'aurez compris, l'importance d'une telle commémoration n'est pas de  faire comprendre l'Histoire, mais bien de construire une mémoire collective nationale. Qu'il faille réviser l'Histoire et passer quelques faits sous silence, peu importe. Que le champ de bataille de Verdun n'ait pas grand chose à voir avec l'année 1918, peu importe. Les téléspectateurs se satisferont d'une belle image et de beaucoup d'émotion.

Mémoire et Histoire font rarement bon ménage, et lorsque la politique s'en mêle le résultat est parfois étonnant. Le mythe de nos ancètres les gaulois en est une parfaite illustration. Nos amis historiens se mobilisent parfois pour dénoncer de telles intrusions du politique dans les programmes scolaires (les bienfaits de la colonisation, la lettre de Guy Môquet, et plus récemment lorsque Xavier Darcos indique que le Parlement devrait pouvoir décider "ce qui doit être enseigné" aux élèves ainsi que "les grandes dates, les héros, les événements que la nation doit célébrer"), mais il faut bien reconnaître que la solennité des cérémonies commémoratives se prête mal à ce type de revendications.

De telles célébrations n'ont pas non plus pour but de promouvoir la Paix.

Le cimetière et l'Ossuaire de DouaumontSi on avait réellement voulu parler de Paix on aurait pu inviter le finlandais Martti Ahtisaari, Prix Nobel de la Paix 2008. Il nous aurait rappelé que le vingtième siècle a connu 200 guerres et pas moins de 200 millions de morts. Il nous aurait expliqué pourquoi les civils représentaient 10% des victimes de conflits armés en 1900 et 90% en 1990. Il nous aurait aussi parlé de l'implication de la France dans le génocide rwandais en 1994 (3,5 millions de personnes tuées ou contraintes de fuir) et de ses conséquences sur des conflits actuels méconus comme celui du Congo (5,4 millions de morts depuis 1997). Il nous aurait appris que la France est le troisième pays exporteur d'armes au monde.

Et on aurait peut-être compris qu'il importe peu d'exhorter le peuple à la paix puisque ce sont les dirigeants qui font la guerre.

J'ai une pensée émue pour tous ces jeunes à qui on a pris la vie, mais vous aurez plus de chance de me trouver au 5ème Salon du Livre d'Histoire qui se déroulera au Centre Mondial de la Paix de Verdun sur le thème "Comment finir une guerre" les 8 et 9 novembre, que sur le champ de bataille avec les chefs d'Etats, les têtes couronnées et les caméras de télévision.

Deux citations pour finir.

"Bien entendu, le peuple ne veut pas de guerre. Pourquoi est-ce qu'un pauvre gueux dans une ferme voudrait risquer sa vie dans une guerre dont il ne peut espérer au mieux qu'il en reviendra entier ? Naturellement, le commun de la population ne veut pas de guerre ; ni en Russie, ni en Angleterre, ni en Amérique, ni, en ce qui nous concerne, en Allemagne. C'est bien entendu. Mais, après tout, ce sont les dirigeants d'un pays qui en déterminent les lignes d'action, et ce n'est jamais qu'une question simple que d'entraîner le peuple, que ce soit dans une démocratie, une dictature fasciste, un Parlement, ou une dictature communiste. […] Le peuple peut toujours être converti à la cause des dirigeants. Cela est facile. Tout ce qu'il suffit de faire, c'est de leur dire qu'ils sont attaqués et dénoncer les pacifistes pour leur manque de patriotisme qui expose le pays au danger. Cela marche de la même manière dans tous les pays". Hermann Göring, Nuremberg Diary

"De nos jours, ils ne luttent pas du tout les uns contre les autres. La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets, et l'objet de la guerre n'est pas de faire ou d'empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société". 1984, George Orwell

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 07:00
Rue Alexis CarrelHier, en essayant de contourner les travaux de la rue de Metz, je me suis retrouvé face à une plaque de rue portant le nom d'Alexis Carrel. Il n'est pas dans mes habitudes de pousser des coups de gueule sur ce blog mais il me semble que dans ce cas précis, cela est plutôt légitime. Au passage, si des élus du Conseil Municipal de Verdun lisent ceci je les invite à imprimer cet article et à prendre les mesures qui s'imposent.

Qui est Alexis Carrel ?

Chirurgien et biologiste français né à Lyon en 1873, il est surtout connu pour le prix Nobel de physiologie et de médecine qu'il obtint en 1908 pour ses travaux sur la chirurgie thoracique et sur la culture de tissus. C'est donc tout naturellement, à l'occasion du centenaire de sa naissance en 1973, que l'on donna son nom à des rues, mais aussi à des instituts, des collèges et même à une université. Mais dans les années 90 une étrange campagne de débaptisation débuta ; c'est en effet à cette époque que l'on se rendit compte que le bonhomme n'était pas si vertueux qu'il en avait l'air.

En 1935, Alexis Carrel publie un livre intitulé "L'Homme cet inconnu", manifeste en faveur de la solution eugéniste des problèmes sociaux. On peut y lire : "Il est nécessaire de faire un choix parmi la foule des hommes civilisés. Nous savons que la sélection naturelle n’a pas joué son rôle depuis longtemps. Que beaucoup d’individus inférieurs ont été conservés grâce aux efforts de l’hygiène et de la médecine. Que leur multiplication a été nuisible à la race". Dans le dernier chapitre de ce livre il expose sa solution : pour les individus inadaptés et pour "ceux qui ont gravement trompé la confiance du public, un établissement euthanasique pourvu de gaz appropriés, permettrait d’en disposer de façon humaine et économique".

Alexis CarrelUn an plus tard, dans la préface à l'édition allemande du même ouvrage, il écrira : "En Allemagne, le gouvernement a pris des mesures énergiques contre l'augmentation des minorités, des aliénés, des criminels. La situation idéale serait que chaque individu de cette sorte soit éliminé quand il s'est montré dangereux". Rappelons juste qu'Hitler est alors au pouvoir depuis trois ans.

En 1941, Alexis Carrel est membre du Parti Populaire Français, principal parti fasciste français d'avant guerrre et parti collaborationniste de 1940 à 1944. A la libération, plusieurs de ses compagnons furent condamnés à mort pour "intelligence" avec l'ennemi (parmi lesquels Georges Suarez). Le docteur Carrel échappa à la peine de mort grâce à une crise cardiaque qui lui fut fatale le 5 novembre 1944.

Comme si cela ne suffisait pas, ses compétences médicales sont également remises en cause, il faut dire que ses attestations de guérisons miraculeuses à Lourdes, alors qu'il était étudiant en médecine, n'ont pas laissé le milieu médical indifférent. Dans l'article "Dr Carrel’s immortal cells" publié dans la revue Medical History en 1980, J. A. Witkoski dénonce également la fraude scientifique de Carrel pour son travail tendant à démontrer l'immortalité des cellules. Et pour enfoncer le clou, le Quotidien du Médecin publie un article en octobre 1996 prouvant que les travaux qui avait valu son prix Nobel à Alexis Carrel avaient été publiés six ans plus tôt par le chirurgien lyonnais Jaboulais dans le périodique Lyon Médical.

Avec une telle biographie il n'est donc pas étonnant que l'Université Alexis Carrel de Lyon ait été débaptisée en 1996. Il en est de même pour des dizaines de rues à Grenoble, Metz, Béziers, Montpellier, Belfort, Limoges, Sarcelles, Blois, La Roche-sur-Yon, Brest, Dunkerque, Nantes, Nîmes, Perpignan, Quimper, Saint-Brieuc, Tourcoing, Tours, Noisy-le-Sec, Taverny, Paris, Reims...

Pour le symbole, la ville de Saint-Brieuc a choisi le nom d’Anne Frank pour remplacer celui du théoricien de l'eugénisme. Je suis sûr que les élus et les historiens verdunois trouveront un scientifique ou un résistant local pour corriger cette petite faute d'inattention. Et s'ils manquent d'idées, n'hésitez pas à leur faire des propositions.

PS : il faudra également penser à changer le nom de l'arrêt de bus ;)
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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 20:28
Liste des Evêques de Verdun
Après la mystère de la disparition du Maréchal Joffre (que j'avais évoqué dans cet article) nous allons aujourd'hui aborder celle de Jean-Baptiste Aubry, né dans la Meuse à Saint-Aubin-sur-Aire, et Evêque de son état.

Tout d'abord, rassurez-vous, il ne s'agit pas d'un enlèvement. Le gars est mort en 1813 et son tombeau, situé dans le cimetière de l'église paroissiale de Commercy, n'a pas été profané. C'est son nom qui a disparu. Vous pouvez le chercher dans Wikipedia. Rien, nada, que dalle.

Et si vous vous rendez à l'ancien palais épiscopal de Verdun et que vous jetez un coup d'oeil à droite de l'entrée : c'est pareil ! Vous pouvez lire les noms de 110 Evêques de Verdun, de Saint Saintin (dont je vous avais parlé ici) jusqu'à François MAUPU actuellement en exercice, mais le nom de celui qui exerçait de 1791 à 1793 a disparu, remplacé par un simple trait. Incroyable, non ?

Pour comprendre pourquoi l'Eglise a voulu oublier son nom il faut remonter à l'époque de la révolution française.

Jusqu'à 1790 les relations entre la France et l'église catholique sont régies par le concordat de 1516. Les députés de l'Assemblée constituante, qui trouvent que ça commence à bien finir, décident de pondre un nouveau texte pour que l'église soit plus en phase avec l'idée qu'un révolutionnaire peut se faire de la religion. Et c'est ainsi que nait la loi sur la constitution civile du clergé votée le 12 juillet 1790. Cette loi entend, entre autre, transformer les prêtres paroissiaux en "fonctionnaires publics ecclésiastiques" (élus par les paroissiens, payés par l'état, et dont "l'utilité publique" repose sur les sacrements et le soin des âmes), et entend surtout abolir les vœux monastiques (et donc supprimer 100.000 moines et bonnes soeurs jugés "inutiles", c'est-à-dire les deux tiers du clergé de cette époque).

Une fois la loi votée il ne reste plus qu'à faire en sorte que les religieux adhèrent au concept. Et là c'est le drame ! Le Pape Pie VI fait une grosse colère (d'autant plus qu'il n'a pas été consulté) et la plupart des Evêques refusent de prêter serment à la Constitution civile du clergé. C'est en particulier le cas de Henri-Louis-René Desnos (parfois écrit "des Nos"), qui préfère partir en exil en laissant son siège épiscopal verdunois à Jean-Baptiste Aubry, député du clergé aux Etats-Généraux, qui fait allégeance à la constitution et devient le nouvel Evêque, non pas de Verdun, mais de la Meuse (puisque les révolutionnaires ont également réduit le nombre de diocèse à un par département).

Se crée alors une scission au sein de l'Eglise de France entre les Prêtres réfractaires, qui refusent de prêter serment à la Constitution civile du clergé et restent fidèles au Pape, et les Prêtres constitutionnels appelés également "assermentés" ou "jureurs", et plus communément, "intrus". Bref, le Vatican ne pardonnera jamais le progressisme des Evêques constitutionnels.

Il en est ainsi de l'Evêque Aubry, mais également de l'Abbé Grégoire, prêtre lorrain qui deviendra Evêque du Loir-et-Cher, et dont les cendres ont été transférées au Panthéon lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989 sous les foudres de Monseigneur Lustiger.

Voilà, vous savez à peu prêt tout sur ce mystérieux trait qui fait tâche au milieu de la liste des Evêques verdunois.
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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 13:21
Les virges de Verdun montent à l'échafaud
Dans l'article précédent nous avions laissé la ville de Verdun aux mains des prussiens. Nous sommes alors le 2 septembre 1792 quand le Général Kalkreuth entre en ville pour régler les formalités administratives de la reddition. Et tout à coup c'est le drame ! (on se croirait dans une émission de Julien Courbet). Au moment où la délégation prussienne s'apprête à quitter la ville un coup de feu retentit et un des lieutenants (un hussard ayant rejoint le camps prussien) tombe à terre.

La rumeur court alors que l'armée prussienne va raser la ville, et la municipalité envoie rapidement quelques représentants au quartier général ennemi afin de proposer des réparations convenables. Devant le refus prussien, la municipalité décide, en dernier recours, d'envoyer une délégation moins officielle au roi de Prusse : dix-sept jeunes femmes chargées de lui remettre, entre autres, une superbe corbeille de dragées de Verdun (Braquier existe depuis 1783). Mais Frédéric Guillaume, le roi de Prusse, ne les recevra même pas.

Et l'armée prussienne continua sa marche sur Paris.

Contre toute attente, elle fût stoppée par Kellermann à Valmy le 20 septembre 1792, et ce dernier reprendra possession de Verdun le 14 octobre 1792. "Vive la Révolution !" crient alors les habitants de Verdun fous de joie.

Mais avec la guerre qui fait rage et les rumeurs récurrentes de complots contre-révolutionnaires les premiers tribunaux révolutionnaires sont créés et la Terreur se met en place. Louis XVI est guillotiné le 20 janvier 1793, et en février les partisans de la Terreur, qui avaient besoin de trouver des responsables "contre-révolutionnaires" à la déroute de Verdun, écrivent alors leur version de l'histoire.

Moulin de Valmy
Pour eux, la population verdunoise avait pactisé avec l'ennemi. Des verdunoises, aguichantes et royalistes de surcroît, avaient revêtu leurs plus beaux habits pour fêter l'arrivée des prussiens qu'elles ont accueillis avec de riches présents. Un bal avait même été organisé ; un bal auquel aurait participé le roi de Prusse en personne.

Trente-cinq individus seront condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire pour avoir «conspiré contre le peuple français, en entretenant des intelligences et correspondances avec les ennemis de la France, tendant à favoriser leur entrée dans la forteresse de Verdun aux troupes prussiennes». Parmi ces individus on dénombre six femmes et huit jeunes filles, âgées de quinze à vingt-quatre ans. Seules les deux plus jeunes échapperont à la guillotine, leur peine étant commuée en vingt ans de détention.

Toutes ces têtes tomberont au fond d'un panier révolutionnaire le 26 avril 1794.

Cet épisode de la Terreur, inspirera malheureusement plus d'écrivains et de poètes que d'historiens, ce qui explique les nombreuses divergences et exagérations dans les récits qui nous sont proposés. Victor Hugo écrira qu'on a guillotiné une enfant de treize ans, tandis que d'anciens partisans de la Terreur affirmeront qu'aucune des femmes guillotinées n'avait moins de quarante ans. L'imagerie romantique de l'époque en fera des vierges (à cause des vêtements blancs qu'elles portaient en montant sur l'échafaud), et aujourd'hui encore il est difficile de démêler le vrai du faux dans cette histoire qui a inspiré tant d'oeuvres littéraires.


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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 21:01
Reprenons l'histoire de la Révolution Française où nous l'avions laissée dans l'article précédent, et voyons comment Verdun s'est retrouvée mêlée à tout cela...

Après son arrestation à Varennes le 21 juin 1791, Louis XVI est plus ou moins assigné à résidence au Palais des Tuileries et, bien qu'il reste le roi des Français, ses pouvoirs lui sont retirés ; pas pour très longtemps puisque l'Assemblée le rétabli dans ses prérogatives le 16 juillet 1791. Sa tête n'est pas encore prête à tomber...

De leur côté les monarques européens regardent d'un drôle d'oeil cette révolution française qui pourrait donner des idées à leurs peuples soumis. Et, de menaces en ultimatum, la France finit par déclarer la guerre à l'Autriche, et par le jeu des alliances à la Prusse, le 20 avril 1792.

En fait, c'est Louis XVI lui-même qui demande à entrer en guerre, espérant que ses voisins couronnés viendront l'aider à récupérer son pouvoir absolu et mettront fin à cette stupide révolution. De son côté, l'Assemblée, poussée par les Girondins, espère, elle,  répandre les bienfaits de la Révolution dans toute l'Europe.

Pour fêter cette guerre qui durera 23 ans, Rouget de l'Isle écrit une chansonnette facilement mémorisable, même par des soldats, chansonnette qui deviendra plus tard "La Marseillaise".

Pour être franc, je ne sais pas trop en quoi a consisté cette guerre jusqu'au mois d'août 1792. Toujours est-il, qu'à ce moment là les événements se précipitent. Quelques décisions royales provoquent la grogne du peuple, l'insurrection gronde, l'armée prussienne et les contre-révolutionnaires français en exil menacent Paris d'une «exécution militaire et une subversion totale» si quelqu'un fait du mal au roi ou à la reine. Le 10 août les sans-culottes s'emparent des Tuileries, le 11 août l'Assemblée nationale devenue législative met en place un conseil exécutif provisoire et instaure le suffrage universel. Le 13 août 1792 la famille royale est enfermée à la prison du Temple.

Forcément, la Prusse et l'Autriche ne sont pas trop contentes et elles engagent les hostilités aux frontières nord-est de la France le 19 août ; et pendant que Longwy capitule, à Verdun on se prépare à recevoir l'ennemi.

Il faut bien se rendre compte que l'armée révolutionnaire de fait pas trop la fiérote. La plupart des officiers et pas mal de soldats à tendance royaliste ont depuis longtemps quitté la France pour rejoindre les monarchies voisines, et l'Assemblée a beau lever quelques dizaines de milliers d'hommes, le compte n'y est pas. Pour couronner le tout nos amis sans-culottes avaient un peu oublié de tenir compte d'une éventuelle l'alliance de l'Autriche avec la Prusse.

Et à Verdun c'est encore pire. Les remparts, encore en travaux à certains endroits, sont intenables par manque d'hommes, de canons et de munitions adaptées. Devant cette situation aussi désavantageuse, le commandant de la Place de Verdun, le Général Galbaud, demande et obtient d'être affecté ailleurs, et il cède la patate chaude au plus ancien des officiers de la garnison : le lieutenant colonel Nicolas-Joseph Beaurepaire du bataillon de Mayenne-et-Loire.

Le 29 Août, Verdun est assiégée par les prussiens. Malgré l'inégalité des forces en présence, Beaurepaire et le conseil de défense de la ville décident de résister afin de bloquer la marche des prussiens sur Paris. Mais la résistance ne durera pas. Le 31 août 1792 débute le bombardement de la ville et dans la nuit du 1er au 2 septembre 1792 le Conseil de Défense finit par voter la capitulation contre l'avis de Beaurepaire.

Au petit matin on retrouvera le corps sans vie de Beaurepaire, tué d'une balle dans la tête. Même si certains affirment qu'il fût assassiné par des royalistes impatient de pactiser avec les prussiens, il semblerait plutôt qu'il se soit lui-même donné la mort pour l'honneur (et pour avoir un pont à son nom à Verdun).

Quoiqu'il en soit, les prussiens s'apprête à prendre possession de la Place de Verdun et à marcher ensuite sur Paris.

A suivre...

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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 16:51
Nécropole de DouaumontTout le monde en parle, presse, radio, télévision, internet, l'info a déjà fait le tour du monde. Le dernier combattant français de la Première Guerre mondiale n'est plus.

Vous pourrez lire partout la biographie de Lazare Ponticelli, ses faits d'armes à Verdun et ailleurs, ainsi que les innombrables messages de sympathie exprimés par les politiciens de tous bords. Je suis sûr que même les plus réactionnaires d'entre eux trouveront quelque chose de sympa à dire sur cet immigré italien qu'ils renverraient chez lui par charter s'il franchissait la frontière aujourd'hui.

Tout le monde va y aller de sa petite phrase sur la force et le courage de ces jeunes soldats qui sont morts pour la France. Je me demande si un seul média va déroger à la règle et parler de cette Patrie qui les a envoyé mourir à la guerre. Moi qui pensais que la leçon à tirer de cette boucherie était "plus jamais ça", voilà qu'aujourd'hui on nous en fait un "exemple pour la jeunesse"...

Lazare, lui, refusait les honneurs. Il pensait juste qu'il avait eu de la chance de rester en vie. Ils voulait simplement que l'on profite de son décès pour avoir une pensée pour toutes les victimes des guerres : hommes, femmes et enfants.

«Nous avons fait une guerre sans savoir pourquoi nous la faisions.
Pourquoi se tirer dessus alors qu'on ne se connaît pas ?
»
Lazare Ponticelli.

"Aux enfants, je leur dis et je leur répète : ne faites pas la guerre."
Lazare Ponticelli.

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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 17:30
undefinedAujourd'hui je vais vous parler des origines du christianisme. Mais comme c'est tout de même une vaste question, je vais me limiter à l'avènement du christianisme... dans notre bonne vieille ville de Verdun.

Tout commence il y a environ 1664 ans lorsqu'un meldois nommé sanctinus arrive à Verdun pour y apporter non pas de la bière (1664 !) ou du Brie (de Meaux) mais... la bonne parole.

Et voilà t'y pas que notre Sanctinus, chaussé d'affreuses sandalettes en cuir, sort un gros bouquin intitulé "Nouveau Testament" et qu'il se met à raconter la vie d'un héros vachement balèze, un certain Jésus de Nazareth. Pour faire bref : Sanctinus évangélise Verdun placée alors sous juridiction romaine.

En fait le boulot n'est pas trop compliqué puisque c'est à cette époque que nos amis romains cessent de donner des chrétiens au petit déjeuner à leurs lions. Pour changer un peu, l'Empereur Constantin a en effet décidé d'abandonner le culte romain antique pour faire du catholicisme la religion officielle de son Empire. C'est décidé : à partir de là les lions mangeront du païen.

Sanctinus, fonde alors une église dédiée à Saint Pierre et Saint Paul dans le quartier de Saint Vanne, au sommet de la colline autour de laquelle sera construite plus tard la Citadelle. Ce lieu de culte sera déplacé un siècle plus tard à l'emplacement de l'actuelle cathédrale.

En 346 il devient le premier Evêque de Verdun (1er sur 117 c'est plutôt pas mal comme classement !). Vers la fin de sa vie il retournera officier à Meaux avant de mourir en 356. Les siècles passant, il sera béatifié puis canonisé pour devenir le Saint Saintin que vous connaissez maintenant et que vous fêterez dorénavant tous les 22 septembre.

A Verdun subsistent aujourd'hui encore quelques traces de son passage : cette statue signée "Lacroix" et datant de 1939 (Google Maps), mais également un retable en marbre et des reliquaires du XVIe siècle conservés à la Cathédrale et au Palais épiscopal. L'un contient une sainte dent, tandis que l'autre représente la Trinité montée sur une boule de cristal de roche.
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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 22:40
La statue du général Jean-Auguste Margueritte au carrefour des maréchaux de Verdun Chose promise... chose due : je vais vous parler de la famille Margueritte. De Jean-Auguste, tout d'abord, puisque c'est lui qui a donné son nom au lycée de Verdun, mais également de ses deux marmots Paul et Victor qui ont accepté qu'il en soit ainsi.

Jean-Auguste Margueritte est né le troisième mercredi de l'année 1823 à une quinzaine de kilomètre à l'est de Verdun, dans le petit village de Manheulles. Son père Gendarme est envoyé à Kouba en 1831. C'est ainsi que Jean-Auguste fêta son neuvième anniversaire, et beaucoup d'autres ensuite, sur le sol algérien. Il apprend rapidement l'arabe, s'engage dans les gendarmes maures et gravit rapidement les échelons. En 1842 il est maréchal des logis, en 1843 il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur, entre 1862 et 1864 il part faire une petite expédition au Mexique de laquelle il reviendra avec le grade de colonel. Nommé général de brigade à alger en 1867, il reviendra sur le sol métropolitain participer à la guerre contre la Prusse en 1870. Il est fait général de division le 1er septembre de la même année mais, manque de bol, il se prendra une balle en pleine tête le même jour à la bataille de Sedan.

Mort dans un contexte où le patriotisme avait plutôt le vent en poupe, l'autorisation fut naturellement demandé à ses fils de pouvoir donner son nom au collège créé en 1907 entre la Place Galland et la rue Saint Sauveur à Verdun, collège qui deviendra ensuite le Lycée Jean-Auguste Margueritte. Comme si cela ne suffisait pas, il donnera également son nom au village fondé en 1885 sur le lieu-dit Aïn-Turki en algérie (qui a aujourd'hui repris le nom de Aïn-Torki wilaya Aïn-Defla Google Maps) ainsi qu'à un quartier d'Alger, et il laissera derrière lui plusieurs statues : une statue de bronze  de 3 m de haut sur la place de Kouba (algérie), et une en pierre au carrefour des maréchaux de Verdun (Google Maps).

Paul (1860-1918) et Victor (1866-1942) héritèrent de leur père une sainte horreur de la guerre et, comme leur cousin Mallarmé, ils préféreront s'adonner aux joies de l'écriture. La femme et la fille de Paul, toutes deux romancières, viendront compléter le tableau.

A noter que Paul fera partie de la première "tablée" de l'Académie Goncourt en 1900 tandis que Victor échouera de peu en 1907.

Les frères Margueritte écrivirent en commun le cycle romanesque "Une Époque" : les quatre romans qui le composent ont pour toile de fond la guerre de 1870 et ses conséquences. Ils y prônent non pas un pacifiste bon teint, mais une paix durable par le rapprochement des peuples.

Egalement engagés dans les luttes sociales et pour l'égalité et le droit des femmes, Paul publiera notamment à ce sujet Adam, Ève et Brid'oison, tandis que son frère fera scandale avec son roman La Garçonne (1922), qu'il adaptera pour le cinéma en 1936. Le scandale provoqué par ce livre (qui met en scène une femme qui veut être aussi libertine que son mari) lui vaudra d'être déchu de sa Légion d'Honneur sous la pression de la "Ligue des Pères de Famille". Victor sera également l'objet d'un livre publié en 1991 par Patrick de Villepin (le frère de Dominique Galouzeau) Victor Margueritte - La vie scandaleuse de l'auteur de "La garçonne".

Voilà, tout cela pour dire que le Lycée Jean-Auguste Margueritte pourrait tout simplement porter le nom de la famile Margueritte, au même titre que le Collège Buvignier porte celui de la famille Buvignier.

"O Patrie, que de criminels impunis sous ton masque!" — Victor Margueritte.

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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 18:50
Cimetière militaire allemand de Saint Maurice-sous-les CôtesVoilà encore une énigme qui me turlupine depuis des lustres: pourquoi les croix des cimetières militaires allemands implantés en France sont-elles généralement noires ?

En fait cette interrogation nous est venue lorsque nous avons visité le cimetière allemand de Saint-Maurice-sous-les-Côtes (Google Maps).

Sur Internet les théories foisonnent.

La première explication voudrait que les allemands aient simplement choisi cette couleur car elle est pour eux symbole de deuil. De la même façon, ils ont choisi la façon dont étaient implantés les croix, ainsi que les différentes essences d'arbres et de plantes qui agrémentent ces cimetières. Ce dernier point est confirmé par la Convention Franco-Allemande de 1966 mais celle-ci ne fait nulle mention des couleurs des croix.

Une autre théorie prétend que, jusqu’en 1966, les cimetières allemands de la Grande Guerre étaient sous tutelle administrative française. Chaque tombe était alors matérialisée par une croix de bois recouverte d’une couche de bitume afin d’éviter le pourrissement. Les Allemands ont ensuite remplacé ces croix de bois par des croix en alliage fonte et aluminium mais en conservant l’aspect sombre d’origine.

La troisième explication, très répandue celle-là, affirme que cette couleur a été attribuée par les alliés au lendemain de la Première Guerre Mondiale afin de distinguer leurs tombes blanches et immaculées de celles des vaincus jugés responsables de la barbarie sans nom qui vient de s'achever. Certains pensent même que cette décision est inscrite dans le Traité de Versailles, mais si un chapitre est bien consacré aux sépultures dans ce texte il n'est toutefois fait aucune mention de ce détail colorimétrique (n'hésitez pas à lire le Traité de Versailles comme ça vous comprendrez pourquoi il y a eu une deuxième Guerre Mondiale).

Il est d'autant plus difficile de démêler le vrai du faux que l'on trouve des exceptions dans certains cimetières allemands implantés en France, avec parfois des croix en pierre, en grès ou en schiste.

La vérité emprunte sûrement un peu à chaque théorie. Une certaine liberté aurait été laissée pour l'agencement des cimetières militaires suivant les pratiques culturelles de chaque nationalité (disposition des tombes, orientation, indications, gestion des espaces verts...), mais un régime particulier aurait tout de même été imposé aux vaincus (tombes noires et absence de drapeau). Cette thèse serait d'autant plus crédible que le noir n'entrerait apparement pas dans la tradition mortuaire germanique (à l'arrière du front les sépultures militaires allemandes sont généralement surmontées de croix blanches).

Ce qui est sûr c'est que c'est l'Allemagne qui paie l'entretient de ces cimetières et nécropoles, par l'intermédiaire du Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (volksbund pour les intimes) qui a pour mission de recenser, préserver et entretenir les tombes de soldats allemands à l'étranger.

Dernière précision, l'Etat français a accordé à l'Allemagne (plus précisément à la République Fédérale d'Allemagne de l'époque), la libre disposition des terrains sur lesquels sont implantés des nécropoles ou des cimetières militaires allemands, gratuitement et sans limitation de durée. Mais les terrains restent la propriété de l'Etat français.
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Philippe Burlet

Un artiste verdunois qui roule des mécaniques

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