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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 13:21
Les virges de Verdun montent à l'échafaud
Dans l'article précédent nous avions laissé la ville de Verdun aux mains des prussiens. Nous sommes alors le 2 septembre 1792 quand le Général Kalkreuth entre en ville pour régler les formalités administratives de la reddition. Et tout à coup c'est le drame ! (on se croirait dans une émission de Julien Courbet). Au moment où la délégation prussienne s'apprête à quitter la ville un coup de feu retentit et un des lieutenants (un hussard ayant rejoint le camps prussien) tombe à terre.

La rumeur court alors que l'armée prussienne va raser la ville, et la municipalité envoie rapidement quelques représentants au quartier général ennemi afin de proposer des réparations convenables. Devant le refus prussien, la municipalité décide, en dernier recours, d'envoyer une délégation moins officielle au roi de Prusse : dix-sept jeunes femmes chargées de lui remettre, entre autres, une superbe corbeille de dragées de Verdun (Braquier existe depuis 1783). Mais Frédéric Guillaume, le roi de Prusse, ne les recevra même pas.

Et l'armée prussienne continua sa marche sur Paris.

Contre toute attente, elle fût stoppée par Kellermann à Valmy le 20 septembre 1792, et ce dernier reprendra possession de Verdun le 14 octobre 1792. "Vive la Révolution !" crient alors les habitants de Verdun fous de joie.

Mais avec la guerre qui fait rage et les rumeurs récurrentes de complots contre-révolutionnaires les premiers tribunaux révolutionnaires sont créés et la Terreur se met en place. Louis XVI est guillotiné le 20 janvier 1793, et en février les partisans de la Terreur, qui avaient besoin de trouver des responsables "contre-révolutionnaires" à la déroute de Verdun, écrivent alors leur version de l'histoire.

Moulin de Valmy
Pour eux, la population verdunoise avait pactisé avec l'ennemi. Des verdunoises, aguichantes et royalistes de surcroît, avaient revêtu leurs plus beaux habits pour fêter l'arrivée des prussiens qu'elles ont accueillis avec de riches présents. Un bal avait même été organisé ; un bal auquel aurait participé le roi de Prusse en personne.

Trente-cinq individus seront condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire pour avoir «conspiré contre le peuple français, en entretenant des intelligences et correspondances avec les ennemis de la France, tendant à favoriser leur entrée dans la forteresse de Verdun aux troupes prussiennes». Parmi ces individus on dénombre six femmes et huit jeunes filles, âgées de quinze à vingt-quatre ans. Seules les deux plus jeunes échapperont à la guillotine, leur peine étant commuée en vingt ans de détention.

Toutes ces têtes tomberont au fond d'un panier révolutionnaire le 26 avril 1794.

Cet épisode de la Terreur, inspirera malheureusement plus d'écrivains et de poètes que d'historiens, ce qui explique les nombreuses divergences et exagérations dans les récits qui nous sont proposés. Victor Hugo écrira qu'on a guillotiné une enfant de treize ans, tandis que d'anciens partisans de la Terreur affirmeront qu'aucune des femmes guillotinées n'avait moins de quarante ans. L'imagerie romantique de l'époque en fera des vierges (à cause des vêtements blancs qu'elles portaient en montant sur l'échafaud), et aujourd'hui encore il est difficile de démêler le vrai du faux dans cette histoire qui a inspiré tant d'oeuvres littéraires.


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Published by Bertaga - dans Histoire
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commentaires

Simon rougieux 18/03/2010 12:41



D'après les "mémoires de Madame Meslier de Rocan, née Barbe Henry d'Aulnois" conservées aux archives départementales de la Meuse sous la cote 59 J 16, il semble que les vierges de
Verdun aient été reçues par le roi de Prusse. Cette dame est en effet une des seules rescapées de cette affaire puisque, en raison de son très jeune âge au moment des faits, elle echappe à la
condamnation à  mort. Elle relate dans son ouvrage la rencontre avec le roi de Prusse, je vous livre une brève partie de son témoignage : " Le Roi en fasse de qui nous étions avez
toujours les yeux sur nous C'était surtout une de mes soeur Suzanne qui fixa son attention il la désigna d'un geste a des seigneurs...." (orthographe ancien respecté).
Simon



Rose 07/04/2009 20:22

Je viens de lire La petite Louison d'Henriette Bernier et je suis trés heureuse de connaître cette page d'histoire sur Verdun. J'ai vécu quelques années à St Mihiel et ma fille est née à Verdun.Je garde un trés bon souvenir de la Meuse.

Saternius 19/04/2008 13:31

L'histoire de France est décidément passionante... il me suffit de lire la première phrase pour ne plus pouvoir décrocher.Merci pour ce récit aussi passionnant que dramatique.

trotula 01/04/2008 23:33

Merci de nous avoir accueillies dans votre communauté !

Aurélie 01/04/2008 21:19

Je l'ai retrouvé : "Verdun, Notice historique", Abbé Gabriel, 1888, Collection Monographies des villes et villages de France. Il est assez rare mais me semble l'avoir vu récemment chez Ducher :)

Philippe Burlet

Un artiste verdunois qui roule des mécaniques

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