Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 18:50
Cimetière militaire allemand de Saint Maurice-sous-les CôtesVoilà encore une énigme qui me turlupine depuis des lustres: pourquoi les croix des cimetières militaires allemands implantés en France sont-elles généralement noires ?

En fait cette interrogation nous est venue lorsque nous avons visité le cimetière allemand de Saint-Maurice-sous-les-Côtes (Google Maps).

Sur Internet les théories foisonnent.

La première explication voudrait que les allemands aient simplement choisi cette couleur car elle est pour eux symbole de deuil. De la même façon, ils ont choisi la façon dont étaient implantés les croix, ainsi que les différentes essences d'arbres et de plantes qui agrémentent ces cimetières. Ce dernier point est confirmé par la Convention Franco-Allemande de 1966 mais celle-ci ne fait nulle mention des couleurs des croix.

Une autre théorie prétend que, jusqu’en 1966, les cimetières allemands de la Grande Guerre étaient sous tutelle administrative française. Chaque tombe était alors matérialisée par une croix de bois recouverte d’une couche de bitume afin d’éviter le pourrissement. Les Allemands ont ensuite remplacé ces croix de bois par des croix en alliage fonte et aluminium mais en conservant l’aspect sombre d’origine.

La troisième explication, très répandue celle-là, affirme que cette couleur a été attribuée par les alliés au lendemain de la Première Guerre Mondiale afin de distinguer leurs tombes blanches et immaculées de celles des vaincus jugés responsables de la barbarie sans nom qui vient de s'achever. Certains pensent même que cette décision est inscrite dans le Traité de Versailles, mais si un chapitre est bien consacré aux sépultures dans ce texte il n'est toutefois fait aucune mention de ce détail colorimétrique (n'hésitez pas à lire le Traité de Versailles comme ça vous comprendrez pourquoi il y a eu une deuxième Guerre Mondiale).

Il est d'autant plus difficile de démêler le vrai du faux que l'on trouve des exceptions dans certains cimetières allemands implantés en France, avec parfois des croix en pierre, en grès ou en schiste.

La vérité emprunte sûrement un peu à chaque théorie. Une certaine liberté aurait été laissée pour l'agencement des cimetières militaires suivant les pratiques culturelles de chaque nationalité (disposition des tombes, orientation, indications, gestion des espaces verts...), mais un régime particulier aurait tout de même été imposé aux vaincus (tombes noires et absence de drapeau). Cette thèse serait d'autant plus crédible que le noir n'entrerait apparement pas dans la tradition mortuaire germanique (à l'arrière du front les sépultures militaires allemandes sont généralement surmontées de croix blanches).

Ce qui est sûr c'est que c'est l'Allemagne qui paie l'entretient de ces cimetières et nécropoles, par l'intermédiaire du Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (volksbund pour les intimes) qui a pour mission de recenser, préserver et entretenir les tombes de soldats allemands à l'étranger.

Dernière précision, l'Etat français a accordé à l'Allemagne (plus précisément à la République Fédérale d'Allemagne de l'époque), la libre disposition des terrains sur lesquels sont implantés des nécropoles ou des cimetières militaires allemands, gratuitement et sans limitation de durée. Mais les terrains restent la propriété de l'Etat français.

Partager cet article

Repost 0
Published by Bertaga - dans Histoire
commenter cet article

commentaires

Raoux Christian 09/09/2014 19:08


Il me semble me rappeler que l'origine des croix noires dans les cimetières militaires nous avait été expliquée lors d'une visite sur les sites de Verdun par un guide !!! je livre ces
explications sans en apporter la preuve !


Une convention internationale imposerait aux vaincus des conflits de:


1- ne pouvoir établir leurs cimetières qu'en dehors des champs de bataille,


2- ne pas avoir le droit de hisser leur drapeau national (effectivement je n'ai jamais vu de drapeau allemand dans ces cimetières,


3- ne disposer que de croix noires, les blanches étant réservées aux vainqueurs,


Je n'ai jamais poussé le zèle à vérifier ces informations.


Cordialement


Christian  RAOUX

CHAPUIS CHRISTIANE 06/10/2011 16:50



Comment retrouver la trace d'un soldat allemand connu lorsque j'avais sept ans en    bourgogne  Je voudrais savoir ce qu'il est devenu lorsqu'il a quitté le village
ou   j'étais réfugiée avec mes grands parents . Merci pour les informations que vous pourrez me donner . Mme CHAPUIS



Guy Flucher 20/01/2009 11:39

En ce qui concerne la couleur des croix, il ne faut pas oublier le fait que les cimetières militaires actuels sont essentiellement des créations d'après-guerre, regroupant la multitude de cimetières et de tombes isolées. Quand on examine des photos des cimetières français ou allemands amménagés pendant le conflit, on constate l'utilisation chez les uns et les autres de croix noires ou blanche. C'est lors des regroupements effectués à partir de 1919 que le code colorimétrique a été utilisé de façon exclusive. Il faut garder à l'esprit que ce sont les Français qui ont aménagé les cimetières de regroupement allemands, en application des traités internationaux. Pour la France, les croix de bois blanches ont été remplacées par des croix en béton armé dans les années 1930. Les cimetières allemands sont restés avec leur croix de bois peintes en noir jusqu'en 1966, date à laquelle le VDK en a obtenu la gestion.Le VDK a choisi alors différents modèles: croix de fonte noires, croix de grès rose, stèles, etc... Effectivement, cette question de la couleur n'apparait pas dans le traité de Versailles de 1919. Je pense qu'il faut chercher dans les rapports parlementaires, les décrets, etc...

Bertaga 21/01/2009 07:58


Merci pour ces précisions


Bièvre 22/03/2008 18:31

Très intéressant cet article. Nous résidons dans le Sud de la Moselle où la Bataille de Sarrebourg vit tomber autant de français que d'allemands en Aout 1914. Nous n'avions jamais remarqué ce détail des croix noires et blanches attribuées à l'un ou à l'autre des camps.Nous ne coucherons moins "ignares" ce soir. et aurons sans doute un autre regard sur notre histoire. bièvre

Reg 27/02/2008 10:32

C'est vrai que cette question reste en suspend d'autant plus que les exceptions sont assez nombreuses…

Philippe Burlet

Un artiste verdunois qui roule des mécaniques

image1

Catégories