Après la mystère de la disparition du Maréchal Joffre (que j'avais évoqué dans cet
article) nous allons aujourd'hui aborder celle de Jean-Baptiste Aubry, né dans la Meuse à Saint-Aubin-sur-Aire, et Evêque de son état.
Tout d'abord, rassurez-vous, il ne s'agit pas d'un enlèvement. Le gars est mort en 1813 et son tombeau, situé dans le cimetière de l'église paroissiale de Commercy, n'a pas été profané. C'est son nom qui a disparu. Vous pouvez le chercher dans
Wikipedia. Rien, nada, que dalle.
Et si vous vous rendez à l'ancien palais épiscopal de Verdun et que vous jetez un coup d'oeil à droite de l'entrée : c'est pareil ! Vous pouvez lire les noms de 110 Evêques de Verdun, de Saint Saintin (dont je vous avais parlé
ici) jusqu'à François MAUPU actuellement en exercice, mais le nom de celui qui exerçait de 1791 à 1793 a disparu, remplacé par un simple trait. Incroyable, non ?
Pour comprendre pourquoi l'Eglise a voulu oublier son nom il faut remonter à l'époque de la révolution française.
Jusqu'à 1790 les relations entre la France et l'église catholique sont régies par le
concordat de 1516. Les députés de l'Assemblée constituante, qui trouvent que ça commence à bien finir, décident de pondre un nouveau texte pour que l'église soit plus en phase avec l'idée qu'un révolutionnaire peut se faire de la religion. Et c'est ainsi que nait la loi sur la
constitution civile du clergé votée le 12 juillet 1790. Cette loi entend, entre autre, transformer les prêtres paroissiaux en "fonctionnaires publics ecclésiastiques" (élus par les paroissiens, payés par l'état, et dont "l'utilité publique" repose sur les sacrements et le soin des âmes), et entend surtout abolir les vœux monastiques (et donc supprimer 100.000 moines et bonnes soeurs jugés "inutiles", c'est-à-dire les deux tiers du clergé de cette époque).
Une fois la loi votée il ne reste plus qu'à faire en sorte que les religieux adhèrent au concept. Et là c'est le drame ! Le Pape Pie VI fait une grosse colère (d'autant plus qu'il n'a pas été consulté) et la plupart des Evêques refusent de prêter serment à la Constitution civile du clergé. C'est en particulier le cas de Henri-Louis-René Desnos (parfois écrit "des Nos"), qui préfère partir en exil en laissant son siège épiscopal verdunois à Jean-Baptiste Aubry, député du clergé aux Etats-Généraux, qui fait allégeance à la constitution et devient le nouvel Evêque, non pas de Verdun, mais de la Meuse (puisque les révolutionnaires ont également réduit le nombre de diocèse à un par département).
Se crée alors une scission au sein de l'Eglise de France entre les Prêtres réfractaires, qui refusent de prêter serment à la Constitution civile du clergé et restent fidèles au Pape, et les Prêtres constitutionnels appelés également "assermentés" ou "jureurs", et plus communément, "intrus". Bref, le Vatican ne pardonnera jamais le progressisme des Evêques constitutionnels.
Il en est ainsi de l'Evêque Aubry, mais également de l'
Abbé Grégoire, prêtre lorrain qui deviendra Evêque du Loir-et-Cher, et dont les cendres ont été transférées au Panthéon lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989 sous les foudres de Monseigneur Lustiger.
Voilà, vous savez à peu prêt tout sur ce mystérieux trait qui fait tâche au milieu de la liste des Evêques verdunois.