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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 12:36
La citadelle de MontmédyLorsque nous sommes arrivés à Montmédy (Google Maps) en fin de matinée le brouillard ne s'était pas encore levé (vu qu'on était dimanche il devait faire la grasse matinée). La ville était silencieuse, je dirais même un peu triste, et la citadelle, construite sous le règne de Charles Quint en 1545, restait désespérément invisible. Nous avons donc décidé de manger dans une pizzeria de la ville basse, fort sympathique puisque décorée de peintures murales représentant des perroquets, des dauphins et un couché de soleil sur un lagon paradisiaque.

La citadele de MontmédyEn sortant de là nous fûmes ébloui par le soleil et pûmes enfin admirer, depuis la Place Raymond Poincaré, la Citadelle perchée cent mètres plus haut. Clic-clac fit l'appareil photo de Casy avant que nous nous dirigeassions vers elle tout en nous jurant de ne plus jamais utiliser d'imparfait du subjonctif et de continuer ce récit au présent.

Sur la route sinueuse qui nous mène à la citadelle nous admirons un vieux lavoir sur lequel on peut lire MDCCCLIII (en arabe cela donne 1853), puis passons sur un premier pont de bois (c'est marrant, ça fait plein de bruit quand on roule dessus), puis pénétrons dans l'enceinte de la Citadelle en franchissant le pont-levis puis un tunnel creusé dans l'immense rempart, avec l'impression d'avoir franchi une porte temporelle.

L'église Saint Martin de MontmédyContre toute attente l'intérieur n'a rien de militaire. Autour de la place et de sa fontaine on trouve au contraire des maisons particulières à l'allure ancienne (sur l'une d'entre elles on peut lire 1632) dont l'état va de la parfaite rénovation jusqu'au style "bombardement d'après guerre". Si vous aimez ce style explosif, un petit tour du côté de la rue de la poudrière s'impose (clic-clac merci Casy).

Nous nous dirigeons ensuite vers l'église Saint Martin du 18ème siècle surmontée de ses deux tours jumelles. Si l'extérieur est assez sobre, l'intérieur, lui, vaut la visite. Vitraux, boiseries, dalles funéraires, mais aussi des statues (j'aime bien celle de Saint Michel qui se démène comme un beau diable avec son dragon). A noter que l'orgue à tubes s'est fait piquer ses tuyaux par les allemands en 1917.

La citadelle de MontmédyAfin de débuter réellement la visite des lieux nous entrons ensuite dans la petite boutique qui se trouve à l'entrée des remparts et achetons deux billets à 4€ qui donnent accès à la visite fléchée et sonorisée des remparts, mais également au musée Jules Bastien Lepage et au musée des fortifications qui présente 3000 ans d’histoire pour plus de 200 ouvrages fortifiés meusiens.

Comme il faisait très beau et que nous étions pressés de découvrir les mystères de la citadelles, nous avons remis la visite des deux musées à plus tard et nous nous sommes immédiatement rendu au sommet des remparts. De là, cela devient une habitude, on a une vue superbe sur toute la région et en particulier sur le château et le viaduc ferroviaire de Thonne-les-Prés.

La citadelle de MontmédyLa visite et assez bien fléchée, avec parfois des parcours alternatifs pour les personnes à mobilité réduite, mais elle laisse également une grande liberté pour errer entre bastions, courtines et autres demi-lunes dont la plupart ont été aménagés par Vauban au XVIIe siècle ou par Séré de Rivières après 1870. Pour cette balade en haut des rempart il faut bien compter une heure, et sûrement un peu plus si vous écoutez toutes les bornes sonores.

Avec un peu de chance vous trouverez également un petit escalier qui vous mènera aux anciens fours à pains et aux latrines, puis l'entrée du souterrain qui vous fera traverser le ventre de la bête (attention ça glisse !) pour ressortir beaucoup plus bas, dans les douves. Ensuite libre à vous de filer droit jusqu'à la sortie en une demi-heure, ou alors de fureter à droite à gauche, d'emprunter (prudemment) quelques sombres tunnels ou d'improbables escaliers de pierres.

Au final nous aurons passé près de trois heures dans la place sans même avoir eu le temps de voir les musées.

Nous y retournerons donc sûrement un vendredi ou un samedi de juillet ou d'août, afin de profiter d'une visite guidée au flambeau en nocturne.

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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 12:11
La Grande rue du village détruit de BezonvauxLes deux prochains dimanches, le 9 et le 16 mars 2008, toutes les villes de France vont voir affluer les électeurs afin de renouveler le stock de maires et de conseillers municipaux. Toutes ? Non, car six villages meusiens vont échapper à la règle.

Il s'agit bien sûr des six communes "mortes pour la France" lors de la bataille de Verdun en 1916 et qui ne furent jamais reconstruite. Sans aucun habitant, les communes de Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux et Louvemont-Côte-du- Poivre ont toutefois chacune un maire... enfin presque.

En fait, afin de conserver leur mémoire, l'Etat décida en 1919, lors des premières élections municipales organisées après le conflit, de ne pas les rattacher à d'autres communes (comme c'est arrivé dans la Marne) et de les doter d'un conseil municipal restreint, composé de trois membres, appelé Commission municipale.

Faute d'électeurs, ces commissions sont nommées par le Préfet de la Meuse après le deuxième tour des élections municipales et, celui que l'on nomme abusisement "Monsieur le Maire" n'est officiellement que le "Président de la commission municipale". Il possède pratiquement les mêmes attributions que ces collègues élus mais n'a pas le statut de "grand électeur" et ne participe donc pas à l'élection des sénateurs. Il n'a pas non plus de mairie et doit donc se contenter de son domicile (situé forcément dans une autre commune) pour remplir ses fonctions.

A noter qu'il est bien obligé de tenir un registre d'état civil de sa commune mais que ce n'est pas cette tâche qui lui prend le plus de temps puisque celui-ci est bloqué à "zéro habitant" depuis 1918.

Voilà, tout cela pour dire que pour ces six communes le résultat de l'élection municipale de 2008 est déjà connu : personne ne sera élu.

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 07:00
La butte de Montfaucon d'ArgonneAprès celui de Montsec voici le monument américain de Montfaucon-d'Argonne (Google Maps) qui commémore la participation de l'armée américaine à l'offensive Meuse-Argonne durant la Première Guerre Mondiale. Inaugurée le 1er août 1937, cette colonne dorique en granit massif est surmontée d'une statue représentant la Liberté.

Vue de l'extérieur ce mémorial en impose, mais le clou du spectacle se trouve en fait en haut des 234 marches qui mènent à une plate-forme située 57 m au dessus du sol. De là vous pourrez admirer le paysage sur plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde par temps clair (cf. cette photo Casy-parfaite) ; et avec un petit souffle de vent les sensations sont garanties !

De tout là-haut, si vous n'avez pas peur de vous pencher un peu du côté nord, vous aurez également une vue intéressante sur les vestiges de l’ancienne collégiale Saint-Germain, du XIIe siècle, qui se trouve seulement à quelques dizaines de mètres derrière la colonne.

Une fois redescendu, je vous conseille donc d'aller voir de plus près ces ruines, qui constituent en fait tout ce qui reste de l'ancien village de Montfaucon-d'Argonne détruit pendant la Grande Guerre. Sur place vous trouverez un panneau qui vous racontera l'histoire de ce site depuis le VIe siècle, et si vous vous éloignez de quelques mètres seulement, vous trouverez certains des bunkers qui parsèment le site.

Avant que le soleil ne se couche vous pourrez enfin redescendre vers le village, reconstruit dans les années 20 au pied de la colline, et visiter l’église Saint-Laurent dont les vitraux retracent la bataille de Montfaucon en 888.

Bonne balade !

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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 21:04
La butte-témoin de MontsecMontsec est un petit village de l'est meusien  principalement connu pour sa grosse butte au sommet de laquelle le Gouvernement américain fit ériger un mémorial à la gloire des 550 000 boys qui participèrent à l'offensive victorieuse de St Mihiel entre le 12 et le 16 septembre 1918 (Google Maps).

On parle également de la "butte-témoin" de Montsec, mais ce terme n'a rien à voir avec le superbe panorama dont on dispose à son sommet. L'expression butte-témoin est en fait un terme géologique qui désigne, grossièrement, un bout de roche dure qui a échappé à l'érosion pendant que les sédiments situés autour ont disparu pour laisser la place à une plaine. Cette butte n'ayant pas (ou peu) été altérée, elle constitue un "témoin" de l'évolution géologique.

La Butte-témoin de MontsecUne autre idée reçue voudrait que le petit bout de terre de 180 000 m² sur lequel a été construit le mémorial se trouve en territoire américain. En fait, si l'American Battle Monuments Commission a bien construit ce monument et est toujours chargée de son entretien et de sa surveillance (comme des dix autres monuments américains en France), le terrain appartient bien à l'Etat français, et plus précisément au Ministère des Anciens Combattants.

Le mémorial de Montsec, conçu en 1932 par l'architecte Egerton Swartwout, est constitué de 16 colonnes monumentales, réalisées en pierre d'Euville, qui entourent une carte sculptée en bronze de la région. Il fut repris par les allemands pendant la seconde guerre mondiale et légèrement endommagé par les bombardements alliés qui les délogèrent.

Rénové depuis, il offre aujourd'hui un des plus beau panorama qu'il vous sera donner d'admirer (voir vidéo ci-dessous), et pour vous rendre compte de la taille du monument regardez cette photo de Casy toute nue.

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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 17:02
Château d'Hattonchâtel Village médiéval perché au sommet d'un éperon rocheux, Hattonchâtel est vraiment un lieu qui mérite le détour (Google Maps).

La vue qui s'offre à vous une fois là-haut est tout bonnement impressionnante. Vous dominerez la grande plaine de la Woëvre, ses champs et ses mirabelliers, vous surplomberez les vignes des Côtes de Meuse et le lac de Madine, et aurez une vue imprenable sur la butte témoin de Monsec située pourtant à plus de 10 km. Rien que pour cela ça vaut le coup d'y aller. Mais d'autres surprises vous y attendent...

En 860 (nous sommes alors à l'époque carolingienne, 17 ans seulement après la signature du Traité de Verdun) l'Evêque de Verdun, Hatton, trouve le panorama plutôt mignon et il décide alors de construire sa résidence principale sur cette bute. Comme il est plutôt du genre friqué, en guise de résidence il construira... un château fort et, prétentieux comme il est, il donnera son nom à cette cité : Hattonchâtel. Celle-ci deviendra au Moyen-Age la première forteresse de l'Evêché de Verdun et le siège ordinaire de sa cour des Grands-jours (une cour de justice). Hattonchâtel fût également le principal lieu où les évêques faisaient frapper la monnaie et ce jusqu'en 1546 (mais seulement lorsqu'elle n'était pas sage !).

Place d'Hattonchâtel En 1636, les méchants suédois qui avaient dévasté l'Abbaye de l'Etanche quatre ans plus tôt s'en prennent à Hattonchâtel. Le siège dure quinze jours et la ville est ensuite saccagée et brûlée (et après on nous vante les mérites du dialogue social dans les pays nordiques ! laissez moi rire !).

La ville subira ensuite les assauts de la Première Guerre mondiale et sera reconstruite par la bienfaitrice marraine du village, j'ai nommé la richissime américaine Miss Belle Skinner (1866-1928). Née Ruth Isabel Skinner dans une ville du Massachusetts qui portait le nom de sa fortunée famille (Skinnerville), elle contribua à l'effort de guerre en distribuant de grandes quantités de vêtements et d'argent. Se baladant dans les régions dévastées de l'est de la France en 1919, elle tomba amoureuse du village d'Hattonchâtel dont la totalité des infrastructures avaient été détruites et décida de l'adopter. Elle invita ensuite tous les riches américains à adopter leur petit village français et devint tout naturellement Présidente du "American Committee of Villages Libérés". Ce qui lui vaudra de recevoir du gouvernement français la Médaille de la Reconnaissance Française en 1919, et en 1920 la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur.

Cloître d'Hattonchâtel En tout elle déboursera un bon million de dollars pour reconstruire Hattonchâtel (château, école, mairie, lavoirs, réseaux électriques, etc.). C'est l'architecte normand Henri Jacquelin qui s'occupera du château de 1923 à 1928 et qui en fera l'ultime château "troubadour" de la Lorraine.

Bref, aujourd'hui Hattonchâtel est un bien joli village dans lequel il fait bon errer. Vous y découvrirez de superbes maisons à arcades gothiques, des lavoirs très... spéciaux, un monument aux mort sculpté par Ernest Nivet, une mairie tout bonnement splendide, un cloître du XIVe siècle et l'église collégiale Saint-Maur qui abrite un retable Renaissance en pierre sculptée polychrome de 1523 attribué à Ligier Richier. Et n'oubliez pas de faire le tour du village en empruntant le chemin de ronde !

Il ne vous reste plus alors qu'à visiter le musée Louise Cottin (grand prix de Rome en 1934) avant de vous poser enfin à la terrasse du petit bar-restaurant, à l'allure bien sympathique, idéalement positionné dans l'axe du Château.

Alors ? C'est pas tentant tout ça ?

Hattonchâtel Hattonchâtel Hattonchâtel Hattonchâtel
Hattonchâtel

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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 20:15
L'Ossuaire de Douaumont sous la neigeComme je vous l'avais dit il y a quelques jour, il a neigé à Verdun et dans les alentours. Impossible dès lors de ne pas profiter du week-end pour multiplier les clichés dans la région.

Nous avons donc mitrailler le célèbre Ossuaire sous son linceul blanc (une autre photo ici) ainsi que le village détruit de Fleury-devant-douaumont avant de nous rendre pédestrement (impossible d'y aller en voiture car la pente était raide et non déneigée) à la tranchée des baïonnettes.

Enfin, nous avons fini notre balade beaucoup plus au sud, du côté d'Hattonchâtel, mais cela fera l'objet d'un autre article d'ici peu...

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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 18:15
La Tranchée des BaïonnettesJuin 1916, le 137e R.I. s'apprête à lancer une attaque contre les lignes ennemies. Les hommes, pour la plupart originaires de Vendée ou de la Loire Inférieure, ont mis la baïonnette au canon car les munitions se font rares et les nuages de poussière soulevés par les bombardements allemands risquent d'enrayer les armes. Tout à coup, alors qu'ils s'apprêtaient à franchir le parapet, un obus allemand explose à proximité et 57 hommes sont ensevelis vivants par l'explosion, la terre ne laissant dépasser que les pointes des baïonnettes de ces valeureux soldats morts, debout, face à l'ennemi.

Voilà pour la légende.

L'histoire, elle, est un peu différente. Du 10 au 12 juin 1916 nos soldats bretons et vendéens essuient un bombardement intensif et repoussent à plusieurs reprises les charges allemandes à coup de grenades. Ceux qui ne réussissent pas à s'enfuir meurent les uns après les autres sous les balles, les obus et les gaz de combat. A court de munitions, les rares survivants sont faits prisonniers par les allemands. Les morts sont quant à eux rapidement enterrés dans une tranchée devenue inutile, des fusils plantés verticalement faisant office de croix pour indiquer l'emplacement de la fosse.

La Tranchée des Baïonnettes La légende fera pourtant le tour du monde grâce à la presse qui découvre le site après-guerre et qui le baptisera tout d'abord "Tranchée des fusils" (et oui, il n'y avait pas de baïonnettes dans la vraie histoire) avant de lui donner le nom plus évocateur de "Tranchée des baïonnettes". Un riche banquier américain, Georges T. Rand, frappé par la symbolique de l'histoire, fit un don de 500 000 francs pour que soit construit un mémorial au dessus même de la tranchée, dans le but de la protéger.

Des fouilles débutèrent alors en juin 1920 pour l'édification de ce monument et permirent d'exhumer 21 corps dont 14 seulement seront identifiés. Tous étaient allongés et désarmés, ce qui allait plutôt dans le sens des témoignages des anciens combattants du 137e RI, qui ont exprimé plus d'une fois leur mépris face à la création de ce mythe. Cela ne stoppa pourtant pas l'édification du mémorial qui deviendra tout à la fois un lieu de recueillement et une curiosité touristique. Les 14 corps identifiés furent inhumés dans le cimetière militaire de Fleury-devant-Douaumont avant d'être déplacés à l'Ossuaire lorsque le cimetière fût désaffecté. Les sept autres corps reposent toujours dans la "Tranchée" parsemée de répliques des pointes de fusils, leurs emplacements étant indiqués par des croix blanches en bois.

L'imposant monument de béton, conçu par l'architecte André Ventre, sera finalement inauguré le 8 décembre 1920 par le Président de la République, Alexandre Millerand, au bois Morchée (Google Map). La porte métallique qui donne accès au mémorial est quant à elle l'œuvre d'Edgard Brandt, ferronnier d'art, qui réalisera aussi en 1923 le brûloir en bronze où palpite la flamme sur le tombeau du Soldat Inconnu de l'Arc de Triomphe.

  • Pour voir la propagande officielle de 1920 il faut aller
  • Pour la vérité historique il faut plutôt aller ici

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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 07:00
Abbaye de l'EtancheL'idée de cette promenade nous est venue de la lecture des aventures de Therion sur le forum Trekking en Meuse ; il faut dire que sa visite nocturne de l'Abbaye de l'Etanche avait de quoi nous intriguer...

Figurez-vous qu'au lieu-dit l'Etanche (Google maps) fut fondée en 1138 un monastère cistercien par Albéron de Chiny, évêque de Verdun (si je ne me trompe pas, le plus connu des cistercien étaient un gros chien poilu avec un tonneau autour du coup et répondant au nom de Saint Bernard). L'Evêque de verdun le confia (le monastère pas le chien !) en 1144 à Philippe, abbé de Belval-en-Argonne et membre de l'Ordre des Prémontrés, qui en fit une abbaye.

Pillée en 1632 (certains disent qu'il s'agissait de méchants suédois, d'autres parlent d'une horde de croates sanguinaires), elle restera abandonnée cinq ans. Si l’on exclut cette période, l'abbaye aura donc été occupée pendant 600 ans. Elle sera ensuite reconstruite de 1743 à 1770, puis vendu en 1791 et servira alors de ferme, la petite église au fronton baroque faisant office de grange. Les derniers abbés en place se seraient alors écrié "Mon Dieu !" avant de disparaître les uns après les autres.

Abbaye de l'EtancheLa chapelle et le bâtiment conventuel ont été classés "Monuments Historiques" par arrêté du 5 décembre 1984 et le domaine de l'Etanche appartient aujourd'hui à une société civile dirigée par de riches luxembourgeois (pléonasme ?). Voilà pour l'histoire, allons maintenant voir ça de plus près.

Sur les conseils de Therion nous nous sommes donc garé au pied de l'église de Deuxnouds-aux-Bois (commune de Lamorville) et avons emprunté la rue de l'Etanche. La première chose que l'on remarque c'est que ça monte. En effet Deuxnouds et l'abbaye se trouvent tous deux au fond d'une vallée, mais il ne s'agit pas de la même vallée. Résultat : 275 m d'altitude au départ et à l'arrivée et un "pic" à 360 m entre les deux. Bref, on a les cuissots fermes depuis cette balade.

Après une petite demi-heure de marche nous arrivons donc en vue de l'Abbaye de l'Etanche. Ce qui frappe c'est son état de délabrement. Laissée à l'abandon, sans surveillance et sans aucune restauration depuis une dizaine d'années, elle semble être régulièrement visitée d'une part par des jeunes qui doivent improviser des soirées à l'intérieur (en témoignent les nombreuses fresques d'art néo-rupestre bombées à la fin du XXe ou au début du XXIe siècle), et d'autre part par des pilleurs de métal. Toute la zinguerie a en effet disparu, laissant le bâtiment à la merci des éléments, l'eau s'infiltrant partout. On en vient à se demander pourquoi la bâtisse conserve encore aujourd'hui son nom d'Abbaye de l'étanche...

abbaye de l'EtancheLes murs pourrissent, le lierre s'infiltre par les fenêtres sans vitre, et un pan entier des bâtiments s'est effondré il y a peu. A l'intérieur on n'ose à peine marcher sur les planchers du rez-de-chaussée de peur d'atterrir directement à la cave. Nous nous contenterons donc de jeter un rapide coup d'oeil en restant sur la dalle en dur, sans même envisager la possibilité de monter à l'étage.

Paradoxalement, la chapelle qui semble pourtant être la partie la plus ancienne de l'édifice est aussi l'endroit où l'on se sent le plus en sécurité. La voûte du XVIIIe siècle a été habilement colmatée à l'aide d'un grossier ciment du plus bel effet, et une ancienne ouverture, aujourd'hui condamnée, a été renforcée par un linteau constitué d'une poutrelle métallique délicieusement anachronique dans ce cadre roman. L'architecte des Bâtiment de France trépasserait sur place à la vue d'un tel carnage.

Et malheureusement, rien ne laisse présager une rénovation prochaine de ce bâtiment classé puisque le richissime propriétaire des lieux semble plus intéresé par la chasse et la défiscalisation auquel lui donne droit ce monument classé, et qu'aucune collectivité local n'a vraisemblement les moyens de restaurer ce monument en péril.

Bref, dépêchez-vous d'y faire un tour avant qu'il n'en reste plus rien...

Affaire à suivre...

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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 19:36
undefinedPour changer un peu de la monographie Buvignier, voici une photo prise de la sortie sud de Verdun, au niveau des Veilleurs de la Paix.

Au premier plan sur la gauche on distingue le canal de l'Est, et au fond à droite la Meuse.

Comme on ne voit rien sur cette petite vignette, n'hésitez pas à cliquer sur l'image pour l'agrandir.bug_fck
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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 18:12
Vestige de la ligne stratégique à Sassey-sur-MeuseEn sortant de Dun-sur-Meuse en direction de Stenay j'avais remarqué, il y a quelques temps déjà, les vestiges de deux ponts perdus quelque part entre la route et la Meuse. C'est donc avec curiosité que nous sommes partis à leur découverte l'appareil photo en bandoulière (j'ai mis "en bandoulière" pour donner un côté baroudeur à notre épopée mais en vrais nos petits compacts étaient dans nos poches).

Le premier pont (que vous pouvez voir sur le blog Casy-Parfait) se situe sur la commune de Dun-sur-Meuse. Il en reste trois arches qui ne surplombent que des champs (sûrement inondés en période de crue). Ce qui reste de l'autre pont se trouve sur le territoire de Sassey-sur Meuse. On imagine facilement qu'une grande partie de cet ouvrage de béton a disparu entre ce que l'on voit sur cette photo et les quelques arches qui se trouvent encore un peu plus loin sur la droite (et que vous pouvez admirer sur une autre page du blog Casy-Parfait).

Mais en les voyant si majestueux dans la campagne on ne peut que se demander ce qu'ils font là (en tout cas c'est la question que je me pose). S'agissait-il de ponts routiers ? De voies de chemin de fer ? Ces ponts ont-ils été détruits ou n'ont-ils tout simplement jamais été achevés ? Après des jours de recherche sur Internet et quelques messages électroniques envoyés à droite et à gauche je peux enfin épancher votre soif de savoir.

Vestige du pont des 60m à Sassey sur MeuseCes ruines sont les vestiges de la ligne de chemin de fer dite "radiale stratégique" qui reliait Marcq-Saint-Juvin (08) à Barancourt (55). Bien qu'elle avait tout pour réussir (de belles courbes, des raccordements avec d'autres lignes, et surtout de nombreux ouvrages d'Art afin d'éviter les passages à niveau), elle n'a jamais rencontré le succès escompté. Certains diront que c'est la faute à pas d'chance mais il faut bien avouer que faire passer un train au milieu de nulle-part n'était pas forcément la panacée pour développer le trafic.

La construction de la ligne est décidée au début des années 20 et c'est en 1931 qu'est donné le premier coup de pioche. Il faudra ensuite attendre le 12 avril 1935 pour que le premier train empreinte le "pont des 60 mètres" (celui dont il ne reste plus qu'une pile au milieu de la Meuse). Mais ni touristes ni marchandises à l'horizon puisque seuls les trains militaires circuleront sur cette voie. A partir de septembre 1939 la ligne stratégique servira à acheminer le matériel nécessaire à la ligne Maginot puis, occupation oblige, elle sera entièrement démantelée par les méchants allemands qui souhaitent réutiliser le matériel de voie sur le front de l'Est.

Après la guerre, cette ligne, jugée inutile, ne sera jamais remise en état et finira par être déclassée par tronçons de 1951 à 1954. Il n'en subsiste aujourd'hui que quelques ruines, quelques courbes noires discontinues sur les cartes IGN, et de rares articles parus dans la revue "Terres Ardennaises" consultables au CRDP de Reims. L'un d'entre eux a un titre accrocheur : Une ligne mystérieuse, une ligne éphémère : la "ligne stratégique" : Marcq St-Juvin, Dun - Doulcon - Baroncourt.

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Philippe Burlet

Un artiste verdunois qui roule des mécaniques

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