Jeudi 6 mars 2008 4 06 /03 /Mars /2008 12:11
La Grande rue du village détruit de BezonvauxLes deux prochains dimanches, le 9 et le 16 mars 2008, toutes les villes de France vont voir affluer les électeurs afin de renouveler le stock de maires et de conseillers municipaux. Toutes ? Non, car six villages meusiens vont échapper à la règle.

Il s'agit bien sûr des six communes "mortes pour la France" lors de la bataille de Verdun en 1916 et qui ne furent jamais reconstruite. Sans aucun habitant, les communes de Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux et Louvemont-Côte-du- Poivre ont toutefois chacune un maire... enfin presque.

En fait, afin de conserver leur mémoire, l'Etat décida en 1919, lors des premières élections municipales organisées après le conflit, de ne pas les rattacher à d'autres communes (comme c'est arrivé dans la Marne) et de les doter d'un conseil municipal restreint, composé de trois membres, appelé Commission municipale.

Faute d'électeurs, ces commissions sont nommées par le Préfet de la Meuse après le deuxième tour des élections municipales et, celui que l'on nomme abusisement "Monsieur le Maire" n'est officiellement que le "Président de la commission municipale". Il possède pratiquement les mêmes attributions que ces collègues élus mais n'a pas le statut de "grand électeur" et ne participe donc pas à l'élection des sénateurs. Il n'a pas non plus de mairie et doit donc se contenter de son domicile (situé forcément dans une autre commune) pour remplir ses fonctions.

A noter qu'il est bien obligé de tenir un registre d'état civil de sa commune mais que ce n'est pas cette tâche qui lui prend le plus de temps puisque celui-ci est bloqué à "zéro habitant" depuis 1918.

Voilà, tout cela pour dire que pour ces six communes le résultat de l'élection municipale de 2008 est déjà connu : personne ne sera élu.

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Publié dans : En Meuse - Par Bertaga
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Commentaires

Vraiment très surprenant cet article, je n’avais jamais entendu parlé de cette situation.
Le devoir de mémoire confine ici à l’absurde.
Commentaire n°1 posté par Reg le 06/03/2008 à 12h40
Le Petit Page range cette info étonnante dans sa chaussette...puis se remet en mémoire son arrière grand-père, Jean...qui revint du Chemin des Dames avec un sacré souvenir: un éclat d'obus, dans la tête... Jean fut trépané, sans qu'on puisse pour autant le soulager de la totalité de son nouveau corps étranger...
Ceci n'était qu'un peu de mémoire partagée avec toi, Bertaga...
Bisous!
Le Petit Page, guère épais, qui espère passer l'arme à gauche ce week-end, ne serait-ce que pour éviter que soient envoyées de nouvelles troupes françaises en Afghanistan ou ailleurs...
Commentaire n°2 posté par Petit Page le 07/03/2008 à 16h11
ok pour le registre des naissances. 
Mais qu'en est-il pour ceux des mariages (je sais qu'il y en a), et des décès; parceque là c'est le casse tête...
Commentaire n°3 posté par jld le 08/03/2008 à 10h05
Il y a peut-être des gens qui se marient dans les chapelles des villages détruit mais comment peut-il y avoir des mariages civils sans mairie ?
Réponse de Bertaga le 12/03/2008 à 07h47
Bravo pour ce blog très bien rédigé, illustré et documenté.

Je connais Verdun pour y avoir habité brièvement. Le poids de l'histoire y est écrasant. Et chaque fois que j'y suis revenu avec des élèves, la visite des champs de bataille, et le souvenir de 1916, m'ont submergé de douleur.

Il ne faut pas oublier.

Pourtant moi aussi je trouve un peu ridicule d'avoir voulu maintenir ces six communes de façon artificielle, même si je comprends pourquoi on ne veut pas les oublier. Je crois toutefois que les ruines de Fleury sont éloquentes, ainsi que toute la zone rouge (je crois que c'est cette terre pleine de trous d'obus, encores visibles 90 ans après, qui témoigne le mieux de cette horreur, à condition de se représenter ce que cela signifie). Et je pense que supprimer l'existence de ces communes ne serait pas forcément une volonté d'oublier, mais de constater ce qu'il s'est passé. Ces villages ont disparu, et on doit ajouter leur nom aux longues listes des "morts pour la France", pas maintenir cette fiction d'existence fantomatique.
Commentaire n°4 posté par Botica le 11/03/2008 à 17h52
Etonnant en effet qu'on se donne la peine de conserver des conseils municipaux pour ces villages... en fait on en a entendu parler pendant la campagne des municipales, j'ai même vu sur France 2 M. Laparra, qui est je crois maire de Bezonvaux. C'est maintenant un vieux monsieur, mais je me souviens un peu de lui, mes parents le connaissaient.
Je ne suis pas de l'avis de Botica, j'aime l'idée qu'on conserve une existence à ces communes...
Commentaire n°5 posté par sister for ever le 18/03/2008 à 16h53
Disons qu'à partir du moment où l'on accepte de conserver le nom de ces communes il faut bien leur reconnaître une existence administrative, ne serait-ce que pour que quelqu'un gère l'entretien de ces lieux de mémoire.
Réponse de Bertaga le 18/03/2008 à 16h56
Depuis l'autre bout de la Lorraine, nous découvrons votre blog avec plaisir.
Verdun, nous connaissons, pour y être allé souvent durant notre jeunesse. et notre mémoire reste vive pour les poilus tombés, blessés durant la Grande guerre. Votre blog est une mémoire vive, documentée et agréable à feuilletter.

Nous, au sud de Sarrebourg, nous cotoyons encore aux détours des chemins, des croix, des cimetières militaires et des vestiges de la Bataille de Sarrebourg , qui en Aout 1914 nous donna une vision de l'horreur des 4 années qui suivirent. 
nous reviendrons surfer,
Au plaisir, Bièvre 
Commentaire n°6 posté par Bièvre le 22/03/2008 à 17h14
Je trouve vos commentaires déplacés!
Ma grand-mère est né à Fleury le 11 aout 1910,tout le village s'est enfui avec le peu qu'il pouvait emmener.
J'assiste tous les ans(1er dimanche de Juillet) à la cérémonie et je suis fier d'y etre,et ce depuis que je suis tout petit.
Pour info,ma grand-mère est passé sur TF1 en 1996 pour raconter son histoire.
La seule chose que je regrette,c'est le coté politico et image de soi,qui ont pris place désormais aux cérémonies!

Allez à Fleury un après-midi,fermez les yeux et écoutez la douleur de la terre!
Commentaire n°7 posté par Marc Sasiek le 12/09/2008 à 22h05
Bonjour,
je voudrais apporter une petite rectification concernant l'état civil des villages détruits, notamment en ce qui concerne Haumont-près-Samogneux.
En effet, il faut savoir qu'après la guerre, un agriculteur, du nom de Robinet, a relancé la ferme d'Ormont, située sur le territoire de Haumont (au nord), et que quatre filles y sont nées avant l'évacuation obligatoire en 1928, date de la délimitation définitive de la Zone Rouge.
Deux de ces filles sont encore vivantes aujourd'hui.
Par ailleurs, le village a déploré un accident mortel, causé à un bûcheron, ces dernières années, dans les bois du territoire de Haumont.
L'état civil n'est donc pas à zéro, contrairement, en effet, au recensement de population qui, lui, n'a pas bougé.
Commentaire n°8 posté par Alain FISNOT le 09/12/2008 à 22h51
Merci pour ces précisions
Réponse de Bertaga le 10/12/2008 à 07h37

Philippe Burlet

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Peintre verdunois spécialisé dans les sports mécaniques

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